Port-au-Prince, Haïti Nous, citoyens et patriotes haïtiens, Le 27 mars 2025, un groupe de 15 universités publiques et privées du pays et plusieurs autres organisations de la société civile et de la diaspora ont lancé un appel convoquant la nation à une mobilisation majeure pour trouver une solution durable pour sortir le pays de la situation actuelle : • Après avoir organisé 11 congrès préparatoires : 10 congrès départementaux coordonnés par les Universités Publiques des Régions (UPR) et un congrès de la diaspora organisé par l'Association des Études Haïtiennes (AÉH) qui regroupe plusieurs centaines de professeurs et intellectuels menant des recherches sur Haïti, dans des universités du monde entier ; • – Après avoir analysé plus de 60 rapports sur l’insécurité, la transition, les élections, la constitution et d’autres questions soumis par diverses organisations au Secrétariat technique du Congrès ; • – Après avoir tenu plus de 20 réunions sectorielles, ainsi que des congrès préparatoires avec diverses organisations politiques, privées et de la société civile (jeunes, paysans, femmes, etc.) ; • – Après les présentations, analyses, discussions et ateliers organisés au CONGRES NATIONAL les 26 et 27 juin 2025 ; NOUS DÉCLARONS 1. La sécurité avant tout – Mobilisons-nous pour déclarer la guerre aux gangs Nous devons déclarer la guerre aux gangs et cesser de compter sur l'étranger pour nous sauver du fléau de l'insécurité auquel le pays est confronté. Comptons sur nous-mêmes, dirigeants responsables et cohérents. Pour commencer, il ne doit y avoir aucune discorde entre les dirigeants de l'État en cette période critique. Toutes les énergies doivent être concentrées sur le contrôle des gangs, conformément à un PLAN DE SÉCURITÉ NATIONALE précis et bien pensé. 2. La sécurité avant tout – Mobiliser un maximum de ressources dans la lutte contre les gangs. Les forces de l'État ne doivent pas être dispersées dans une multitude d'actions désorganisées qui ne contribuent en rien à la lutte contre l'insécurité. Le maximum de ressources du Trésor doit être concentré dans une lutte organisée. Pour y parvenir, tous les privilèges dont bénéficient les membres du CPT et toutes les autres dépenses liées aux voyages à l'étranger, aux colloques, aux conférences et aux vacances non nécessaires au fonctionnement de l'État doivent être supprimés. 3. Priorité en matière de sécurité – Établir un système de renseignement robuste. Organiser un système de renseignement robuste où toutes les ressources actuellement dispersées à la Primature, au Conseil présidentiel de transition (CPT) et dans d’autres départements sont réaffectées à l’effort central de renseignement à l’échelle du pays. 4. Priorité de sécurité – Contrôle des frontières. Haïti ne fabrique ni armes ni munitions. Chacun sait qu'elles proviennent d'ailleurs. Par conséquent, des ressources importantes doivent être mobilisées à la frontière maritime et à la frontière avec la République dominicaine. Les autorités doivent prendre l'initiative d'appeler le gouvernement dominicain à intensifier ses efforts pour lutter contre le trafic transfrontalier d'armes et de munitions. Ce travail peut se faire par le biais d'efforts bilatéraux. 5. La sécurité avant tout – Une refonte majeure est nécessaire au sein de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Des enquêtes approfondies et impartiales doivent être menées à tous les niveaux de la PNH, en utilisant diverses technologies, afin de détecter et d'arrêter tous les policiers qui collaborent avec les gangs ou les soutiennent. Nous devons dénoncer publiquement les coupables, les juger et les punir avec toute la rigueur de la loi. 6. La sécurité avant tout – L’innocent ne peut pas payer pour le coupable. La police ne doit pas tirer sur des jeunes hommes et femmes vivant dans des quartiers défavorisés en raison de leur apparence, sans confirmation que ces jeunes représentent un danger pour la vie des policiers ou d’autres personnes. 7. Priorité de sécurité – Soutien aux brigades d'autodéfense Sans les Brigades d'autodéfense, de nombreux quartiers seraient déjà tombés. La police doit soutenir les brigades dans le cadre du Plan de sécurité nationale afin d'accroître leur efficacité, dans un cadre institutionnel ordonné, respectueux du pouvoir judiciaire et évitant les abus. Une réflexion plus approfondie doit également être menée sur le rôle que les brigades peuvent jouer dans la société à l'avenir. 8. Priorité de sécurité – Protéger les installations stratégiques La police et l’armée doivent protéger les installations stratégiques du pays, telles que les ports maritimes, les aéroports, les installations énergétiques et de télécommunications, par des opérations de vigilance systématique. 9. La sécurité avant tout – Poursuivre tous ceux qui soutiennent ou financent les gangs Le système judiciaire doit mener des enquêtes approfondies sur tous les individus, en collaboration avec les organismes du Conseil de sécurité des Nations Unies, les gouvernements étrangers et les organisations de défense des droits de l’homme, afin d’identifier les sponsors et les partisans des gangs, ainsi que ceux qui achètent des armes pour les gangs ou financent les gangs et leurs chefs. 10. La sécurité avant tout – Sauver les enfants soldats Dans le cadre du plan de désarmement et de démantèlement des gangs, nous devons prendre des mesures spécifiques pour désarmer, former, réinsérer et encadrer les ENFANTS SOLDATS qui sont également victimes des gangs. Ils ont déjà été victimes d'une société qui les a abandonnés. 11. Solidarité avec les populations déplacées Plus d'un million de personnes déplacées par des gangs vivent comme des réfugiés dans leur propre pays. Nous soutenons les demandes de ces personnes déplacées pour créer les conditions de leur retour chez elles, en leur fournissant un soutien institutionnel, financier et psychosocial afin de vivre en paix. Nous n'oublions pas nos frères et sœurs qui ont été contraints de fuir leur pays dans des conditions difficiles et qui sont victimes de violences, notamment en République dominicaine et aux États-Unis. 12. Solidarité pour que les entreprises, les emplois et les vies puissent être restaurés Les gangs ont détruit, vandalisé, pillé et incendié un grand nombre d'entreprises et d'institutions sociales dans le département de l'Ouest, l'Artibonite et le Plateau Central. Nous soutenons les revendications de ces entreprises, travailleurs et institutions sociales afin que de meilleures conditions soient mises en place pour qu'ils puissent bénéficier d'un soutien continu et reprendre leurs activités et leur quotidien. 13. Fin de la transition. La transition ne peut constituer un modèle de gouvernance durable. Nous devons œuvrer pour sortir immédiatement de ces transitions. La seule issue réside dans les élections. Mais nous devons organiser des élections de qualité, indépendantes de la mafia, des étrangers et des dirigeants au pouvoir. C'est pourquoi le Congrès patriotique souhaite mobiliser la société afin que des élections de qualité et dignes de confiance soient organisées au plus vite, avec les ressources propres du pays. 14. Élection. L’actuel Conseil électoral provisoire (CEP) KEP ne démontre ni la capacité ni la volonté d’organiser des élections crédibles. Leur sélection n'a pas été consensuelle ; leur fonctionnement manque de transparence ; aucun audit des dossiers importants n'a été réalisé, etc. Un travail important doit être effectué sur la composition du Conseil électoral provisoire (CEP) ainsi que sur son fonctionnement transparent et avec la participation de secteurs crédibles de la société. C'est le seul moyen de garantir la confiance de la population dans les élections. 15. Constitution. Une Constitution est un élément important de l’organisation de l’État et de la société. Modifier la Constitution, même avec les meilleures intentions, ne doit pas être pris à la légère. Cela peut faire plus de mal que de bien au pays. Tous les experts s'accordent à dire que les conditions ne sont pas réunies pour organiser un référendum visant à modifier la Constitution de 1987, comme le souhaite le gouvernement de transition. Nous disons : « Stop ! » Arrêtez de nous faire perdre notre temps ! Arrêtez de gaspiller les ressources du pays ! 16. Gouvernance – C’est l’affaire des enfants du pays, en toute sérénité ! La mauvaise gouvernance est l'une des principales causes de toutes les difficultés auxquelles le pays est confronté aujourd'hui. Elle engendre l'insécurité et favorise sa propagation à travers le pays. Elle appauvrit le pays et nous rend dépendants de la charité internationale. C'est notre seule responsabilité en tant qu'Haïtiens. Nous, enfants du pays, devons nous unir pour décider de la direction à prendre pour sauver notre pays ; 17. Gouvernance – Repenser le pouvoir exécutif. Le modèle de gouvernance actuel est très coûteux. Et pour quel résultat ? Le PTC actuel, composé de neuf membres, ainsi que le gouvernement, ont échoué ! Ils n'ont pas résolu le problème de l'insécurité. Nous avons perdu territoire après territoire. Ils ne nous ont pas mis sur la voie d'élections équitables. Dès lors, la société doit-elle laisser ce PTC à la tête du pays pour toujours, alors qu'il ne parvient même pas à faire respecter l'accord du 3 avril qui l'a légitimé ? Un changement nécessaire est donc indispensable. Plusieurs résolutions ont été proposées au Congrès pour identifier des formes de gouvernance plus efficaces, allant de la réduction du nombre de membres au PTC à la nomination d'un président issu de la Cour supérieure. Nous demandons au Comité de suivi du Congrès de communiquer avec toutes les autres forces sociales, économiques et politiques du pays afin de parvenir à un consensus sur les changements nécessaires pour sortir l'État du désastre dans lequel il est plongé. 18. Gouvernance – Contrôle du pouvoir exécutif pendant la transition. Le pays vient de connaître quatre années de gouvernance sans aucun contrepoids au pouvoir exécutif. Nous en avons constaté les conséquences. C'est pourquoi nous exigeons que toute décision prise dans le cadre de la gouvernance du pays intègre un mécanisme de contrôle exécutif. Il est donc nécessaire de créer une instance de contrôle au sein du gouvernement. Cette instance doit être mise en place dès l'élection du gouvernement, et non plus tard. 19. Éthique et morale dans la vie publique Les participants au Congrès patriotique ont constaté que les valeurs éthiques et morales perdaient du terrain dans la société, notamment dans les secteurs politique et économique. Nous reconnaissons que cette question constitue un défi majeur pour le système éducatif national, qui doit en faire une priorité dans ses programmes et pratiques pédagogiques. Nous reconnaissons que la question de l'éthique et de la morale commence au sein de la famille ; la formation doit également se faire au sein des communautés locales. Parallèlement, nous appelons les dirigeants de l'État, en particulier, à s'abstenir de donner le mauvais exemple à la société. Nous leur demandons de diriger le pays avec moralité, en respectant les valeurs éthiques. Nous demandons aux dirigeants du secteur privé et à tous les autres professionnels d'en faire autant. RÉSOLUTIONS PRISES Devant la nation, nous nous engageons à poursuivre le travail ! Tout le travail accompli sous l'égide du Congrès patriotique pour le sauvetage national ne doit pas rester lettre morte. En demandant aux responsables, chacun à son niveau, de mettre en œuvre les recommandations de cette déclaration, nous ne baisserons pas les bras et poursuivrons le travail afin que le pays puisse atteindre les résultats finaux tant attendus. RÉSOLUTION 1 : SOUTENIR LA MOBILISATION Nous avons commencé à nous mobiliser pour un sauvetage national. Nous voulons rester mobilisés pour continuer à faciliter le dialogue entre tous les secteurs du pays, afin de créer les conditions nécessaires pour lancer le pays sur la voie de la construction d'une nouvelle Haïti, ensemble, dans la stabilité, la sécurité et la justice. Une nouvelle Haïti où chacun est valorisé, où chacun a accès à tous les services essentiels et où chacun se respecte. RÉSOLUTION 2 : COMITÉS DE SUIVI Afin de poursuivre ce travail salvateur, les participants au CONGRÈS PATRIOTIQUE POUR LE SAUVETAGE NATIONAL ont décidé de créer un Comité de suivi composé de représentants des universités et des différentes organisations signataires de la Déclaration du 27 mars 2025. Ce Comité a pour mission de : • Promouvoir la Déclaration finale du Congrès national patriotique pour amener les autorités à mettre en œuvre les recommandations qui suivent ; • Rassembler les forces de toute la société dans un mouvement patriotique pour sauver le pays ; • Inviter les citoyens à participer aux prochaines réunions qui auront lieu ; • Organiser les travaux pour poursuivre les réflexions sur toutes les autres grandes questions que le Congrès a été appelé à aborder, telles que la catastrophe humanitaire urgente, la relance économique, l’impunité dans le système judiciaire, la corruption au sein de l’État, la décentralisation, le système éducatif, etc. • Créer un espace de dialogue entre les Haïtiens de tous horizons afin de parvenir à un accord garantissant l'engagement du pays envers la démocratie et le développement. Cet engagement passe par l'organisation d'élections libres, honnêtes et crédibles qui faciliteront l'installation d'un gouvernement de confiance. • Adopter une stratégie qui assure la mise en œuvre des recommandations du Congrès, afin qu’elles deviennent réalité. RÉSOLUTION 3 : GROUPE DE TRAVAIL UNIVERSITAIRE SUR HAÏTI Le Congrès national patriotique démontre la capacité des universités du pays à rassembler des personnes instruites et à créer les conditions propices à la réflexion et à l'interaction avec la population sur les problèmes du pays. Alors que le Congrès poursuit sa mission vitale, nous appelons les universités à rester unies sous la bannière du savoir et de la science, afin de continuer à dynamiser tous les autres aspects de la vie nationale. Par exemple, le Congrès permettra de faire connaître au plus grand nombre le travail exceptionnel de recherche et d'analyse scientifique mené par les universités ces cinq dernières années dans le cadre du projet « Trase Nouvo Chimen » (TNC)/« Concevoir de nouvelles feuilles de route », dans diverses sections communales, sur divers aspects de la vie locale. Ce groupe de réflexion universitaire devrait partager le savoir national et offrir une formation scientifique et morale pour guider nos dirigeants, tant au niveau central que local, et les guider vers des solutions aux problèmes économiques, sociaux, politiques et écologiques, afin de créer de la richesse et d'assurer le bien-être de toute la population. Le pays a la chance de compter des experts, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ses frontières. Il doit bénéficier des connaissances et des capacités d'analyse de tous ses citoyens. EN CONCLUSION Haïtiens, patriotes haïtiens ! Au cours des six derniers mois, les citoyens honnêtes, intègres et compétents qui ont participé au Congrès patriotique et à son organisation ont clairement démontré qu'Haïti compte encore de précieux citoyens patriotes. Nous avons démontré que le pays possède des personnes compétentes et compétentes. Nous avons démontré notre discipline et notre capacité à nous rassembler, à dialoguer dans le respect, même si nous ne sommes pas toujours d'accord, afin de trouver, entre nous, Haïtiens, des solutions durables pour notre pays. C'est pourquoi nous, participants au CONGRÈS PATRIOTIQUE POUR LE SAUVETAGE NATIONAL , avons décidé de ne pas baisser les bras. Nous continuerons d'assumer notre responsabilité citoyenne pour faciliter le dialogue qui nous permettra de sortir de la crise. Le pays le mérite. Nous le méritons tous. Pour le CONGRÈS PATRIOTIQUE NATIONAL Marc Prou, PhD, coordonnateur général Pour le Comité de pilotage dans les 10 départements d'Haïti et de la Diaspora Yves Voltaire, recteur de l'UPNip Manejacques Dodat Jean, PhD, Recteur UPAG Carole M. Berotte Joseph, PhD, HSA, ancienne rectrice aux États-Unis d'Amérique